Mois de mai, mois de Marie

Sans triomphe ni miracle

« Reine des cieux, très glorieuse mère de Dieu, nouvelle Eve, mère de l’Église …», c’est sous des titres rayonnants que les fidèles invoquent la Vierge Marie. Une tradition ancienne les invite à célébrer les événements solennels qui scandent sa vie : l’Immaculée Conception, la présentation au Temple, la dormition, l’assomption. Ainsi en dispose la foi de l’Église.
Mais si nous considérons les seuls évangiles, ce faste s’estompe. On y surprend une jeune fille très simplement nommée Marie, ou « épouse de Joseph », ou « mère de Jésus », du pur état civil en somme, et quand elle se désigne elle-même, c’est à deux reprises pour se traiter de « servante » : dépourvue des enluminures de la piété, elle vient à nous sans redouter d’être pauvre.
C’est cette figure-là que salue Bernanos : « Mais remarque bien maintenant, petit : la Sainte Vierge n’a eu ni triomphe ni miracle. Son fils n’a pas permis que la gloire humaine l’effleurât (…) Personne n’a vécu, n’a souffert, n’est mort aussi simplement et dans l’ignorance aussi profonde de sa propre dignité, d’une dignité qui la met pourtant au-dessus des anges. »
Pauvre sa vie, pauvres les mots qui la racontent, mais en cette pauvreté elle semble apercevoir mieux que gloire et fortune, puisqu’elle s’écrie, radieuse : « Le Seigneur a fait pour moi de grandes choses. »
En presque toute la durée de sa vie, ne l’oublions pas, Jésus a vécu dans son foyer, sans doute auprès de ses parents, et comme n’importe quel Nazaréen. C’est cet homme ordinaire, peut-être meilleur qu’un autre, mais longtemps non miraculeux que Marie a préféré à toutes les grandeurs visibles.
Non miraculeux, sauf pour elle. Toute mère comprendra. L’enfant sorti de ses flancs est le plus beau du monde, et le monde autour de lui s’adoucit en forme de berceau. Puissance éternelle de l’amour …
Tel est le grand secret qui ennoblit son attente. Aimer, c’est toujours attendre, et déceler, sous l’humble apparence, la grandeur suprême d’un homme. Le plus haut verbe retentit dans la plus dénuée des créatures.
C’est à Jean, non à Pierre, que Jésus, sur la Croix, remet sa mère. Pierre a fui, direz-vous. Cherchons une autre explication. Pierre est le bâtisseur, Jean le contemplatif. C’est le disciple qui « demeure », immobile au cœur de sa méditation, tandis que l’apôtre infatigable court la poste et lève les consciences. Jean est spirituellement le parent de Marie, qui garde comme lui « toutes choses en son cœur », et, la nuit, capte l’aube insaisissable…. Ils ont tous deux le courage d’être là, au pied de la Croix, unis par l’espérance qui résiste aux dérisions de l’échec. Même là, ces cœurs limpides entendent respirer Dieu.
France Quéré, Marie